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Patapon le nécromant vous parle

Ce blog prendra plusieurs formes. Il sera parfois absurde, parfois horrifique et parfois juste calme. Vous trouverez ici des nouvelles, des règles de jeu et le partage de quelques découvertes. J'utilise des images pour étayer mon propos mais celles-ci ne m’appartiennent nullement. Je les ferai disparaître à la première demande de leur propriétaire.

Vie et mort des étoiles

Publié le 19 Avril 2016 par Patapon in Nouvelle

Vie et mort des étoiles

Il est dit, que parfois et suivant leur bon vouloir, les étoiles se réunissent. Elles se retrouvent au centre de l’univers lors d’une grande fête dans un palais d’or et d’argent. Le temps s’arrête pendant ce long moment car il est invité aussi. Au centre de l’univers, il existe alors un lieu qui brille de toute les lumières.

Les étoiles y boivent, y rient, y dansent et parfois même se retrouvent entre elles dans des salles closes. Il arrive que certains regardent par le trou de la serrure, ils y voient alors la création d’univers, ils y voient tout, le début et la fin, et tout ce qui se trouve entre les deux. On dit que parfois des étoiles, un peu éméchées, se disputent et se brouillent, le Temps intervient alors et les calme. Les étoiles finissent généralement par se réconcilier, parce qu’avec le Temps, tout passe.

Quand on observe cette étrange fête on peut apercevoir un petit être gris. Il a les doigts crochus et deux perles noires en guise d’yeux. Cet être, c’est l’Horloger. Quand une étoile meurt, c’est lui qui en récupère les pièces et les cœurs afin de reformer des étoiles naissantes. Il fabrique tous les engrenages, mais il est obligé de se servir du cœur des étoiles pour les faire tourner. Et il lui faut parfois plusieurs cœurs d’étoile pour en faire un seul. L’Horloger n’aime pas sa vie. Les étoiles ont peur de lui et il passe son temps à faire et défaire les lumières du ciel.

Un jour alors qu’il surveillait un soleil mourant, il parla un peu avec lui. Le vieux soleil, qui avait réchauffé une toute petite planète, demanda à l’Horloger de la sauvegarder. L’Horloger visita la planète, il ne le trouva pas belle, la détesta même, puis, alors qu’il allait partir il croisa le regard d’une habitante. Elle était belle, de grands yeux bleus insondables et de longs cheveux roux descendant jusqu’au bas de son dos. L’Horloger ne sauva pas la planète, mais il ne put se résoudre à la mort de la jeune femme. Il l’emmena alors avec lui vers son manoir de pierre et d’acier.

Elle se nommait Aria et était la seule survivante de son monde. Elle passait ses journées à pleurer dans ce manoir sombre et vide où le seul bruit qu’on peut entendre est celui des engrenages qui roulent et des pierres qui craquent. Inconsolable, elle était désormais seule et ne comprenait pas pourquoi l’Horloger l’avait ainsi enfermée. Ses larmes étaient tellement pures qu’elles s’évaporaient avant de toucher le sol.

Au bout de quelque temps l’Horloger ne supporta plus ces pleurs incessants, il l’avait sauvée pour son sourire et il n’avait droit qu’aux larmes. Il se saisit d’un couteau de cuivre et décida de la tuer, comme il aurait dû le faire depuis le début. Mais quand il entra dans la pièce, il vit Aria, et son cœur manqua un battement. Elle était trop belle et il était le tortionnaire. Cette idée le hanta tellement qu’il arrêta de s’occuper des étoiles mortes.

Plusieurs étoiles moururent avant que les autres ne s’en aperçoivent. Elles envoyèrent un émissaire au manoir de l’Horloger afin de savoir pourquoi personne ne récupérait les pièces qui dérivaient de plus en plus dangereusement. C’est ainsi qu’un jour on frappa à la porte du manoir. Au début, personne ne répondit, puis Aria, dont la curiosité finit par l’emporter sur la tristesse se déplaça jusqu’à la porte et ouvrit. Une créature aux formes si changeantes qu’il était impossible d’en dessiner le contour lui adressa la parole :

_ « Je suis le Temps, et j’aimerais voir l’Horloger, s’il vous plait jeune demoiselle ! »

Aria, interdite devant une telle créature, la laissa entrer et se présenta à son tour :

_ « Je suis Aria, et j’avoue ne pas avoir beaucoup visité ce manoir, peut être trouverez-vous le chemin plus facilement que moi »

_ « Il est hors de question que j’aille trouver l’Horloger sans que vous ne m’y accompagniez. Ce manoir est fascinant, et nous prendrons des détours afin que vous puissiez en découvrir toutes les merveilles. »

Aria hésita, mais le Temps insista. Il tendit le bras à Aria qui s’en saisit et ils partirent à la recherche de l’atelier de l’Horloger. Le Temps pris bien garde de ne pas choisir le chemin le plus court et montra à Aria la complexité des systèmes développés par l’Horloger.

_ « Sais-tu, Aria, que l’Horloger est l’être le plus délicat qui existe. Il cisèle, travaille, découpe et assemble avec une précision infinie. Sais-tu qu’il sait faire naître des étoiles. »

_ « Je n’ai vu qu’un être gris ». Lui répondit-elle.

_ « C’est ce que tout le monde voit, mais il n’en a pas toujours été le cas. A une époque, l’Horloger était plein de vie et bien décidé à trouver le secret du cœur des étoiles. Mais ses recherches n’aboutirent à rien. Encore aujourd’hui, il a besoin de plusieurs cœurs pour n’en former qu’un seul fonctionnel. Il a vite compris qu’ainsi, le nombre d’étoiles diminuait. Il a vite compris qu’un jour, il n’y aurait plus d’étoile et qu’il serait seul… Eternellement. Alors il se prépare à cette solitude, c’est la seule solution qu’il a trouvée. »

Le temps marqua une mesure de silence, et reprit son discours.

_ « Je pensais en te voyant, d’ailleurs qu’il avait résolu son problème. »

_ « C’est impossible, il ne s’est même pas présenté à moi, si vous n’étiez pas intervenu, je n’aurai jamais su qu’il était Horloger. »

_ « Je me demande parfois si l’Horloger se souvient de l’usage du langage. »

Ils arrivèrent devant une très grande porte de bois noir, de cuivre et de laiton. Un fin bruit de sanglot se faisait entendre.

_ « Dans quel état s’est-il mis encore ? »

Le Temps sortit une bouteille des replis de lui-même. Le liquide à l’intérieur de la bouteille était irisé et on semblait parfois y discerner des visages riants et souriants.

_ « Une goutte de joie de vivre, ne fait jamais de mal. » murmura le Temps sur un ton amusé.

Le Temps entra dans l’atelier avec fracas et joie. Il ouvrit la porte en grand et clama :

_ « Horloger, mon ami, j’ai ce dont tu as besoin, et ensuite nous parlerons. »

Toutes les étoiles s’accordent sur le fait qu’il est impossible de refuser quoi que ce soit au Temps, elles disent qu’il sait, et que, quoi qu’il fasse, le Temps fait les meilleurs choix. Aussi opiniâtre l’Horloger soit-il, il finit par fléchir. Et tous trois ils burent et rirent. Le temps était un sacré parleur, il réussit à réconcilier Aria et l’Horloger. Une fois que l’ambiance fut nettement meilleure, le Temps reprit un ton plus sérieux :

_ « Horloger, les étoiles meurent et toi seul peut y faire quelque chose. »

_ « Non, je n’y peux plus rien, j’ai retardé l’inévitable jusque-là, je n’en peux plus, je suis fatigué ».

Aria pris la parole et d’une voie mal assurée posa cette question :

_ « Mais en quoi consiste réellement ton travail ? ».

Les yeux noirs de l’Horloger s’ouvrirent en grand. Pour la première fois, quelqu’un s’intéressait à son travail. Cependant le Temps intervint comme seul lui sait le faire :

_ « Horloger, pourquoi ne l’emmènerais-tu pas avec toi pour lui montrer ».

L’Horloger fut pris d’une énergie nouvelle, ramassa ses outils et en tendit une partie à Aria. Elle aussi fut ravie, pour la première fois depuis longtemps elle avait de nouveau un but. L’Horloger et Aria traversèrent l’univers plusieurs fois à la recherche de pièces d’étoiles mortes dérivantes. Et ils s’amusèrent tous deux, l’Horloger expliquait son métier tandis qu’Aria découvrait des espaces qu’elle n’aurait jamais connus sur sa petite planète.

L’Horloger redevint silencieux quand ils approchèrent d’un vieux soleil mourant. Le vieux soleil posa un regard suppliant sur l’Horloger puis il vit Aria. Le vieux soleil s’adressa à la jeune fille et la supplia de sauver une petite planète, le soleil dit qu’il était injuste que les planètes meurent avec leur étoile. Aria désemparée regarda l’Horloger qui fit une moue triste. Il posa sa main sur le vieux soleil et lui dit :

_ « Tu sais que c’est la règle, et nous n’y pouvons rien, tout ce que nous pouvons c’est reformer une étoile au moins aussi brillante que tu ne le fus toi-même. Et nous le ferons. »

Le vieux soleil mourut dans un grand fracas silencieux, et l’Horloger et Aria se mirent à ramasser ce qui restait. Quelques larmes coulèrent des joues d’Aria, elles roulèrent sur les cœurs des veilles étoiles qu’ils avaient ramassés. Les cœurs se remirent à briller d’un éclat d’or et d’argent. Les yeux de l’Horloger s’ouvrirent plus grand qu’ils ne le firent jamais.

_ « Tu peux ramener les cœurs à la vie ? » bredouilla-t-il.

Pris d’une soudaine joie il se mit à sautiller, puis à bondir et danser. Il n’était plus gris, sa jeunesse se remit à couler dans ses veines. Il serra Aria dans ses bras qui passa des larmes au rire. Le rire d’Aria éclata dans toute la galaxie. Et les cœurs des étoiles se mirent à briller d’avantage.

Il est dit, que parfois et suivant leur bon vouloir, les étoiles se réunissent. Elles se retrouvent au centre de l’univers lors d’une grande fête dans un palais d’or et d’argent. Lors de ces fêtes l’Horloger et Aria dansent et tournent sans jamais s’apercevoir que les étoiles tournent autour d’eux.

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