Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Patapon le nécromant vous parle

Ce blog prendra plusieurs formes. Il sera parfois absurde, parfois horrifique et parfois juste calme. Vous trouverez ici des nouvelles, des règles de jeu et le partage de quelques découvertes. J'utilise des images pour étayer mon propos mais celles-ci ne m’appartiennent nullement. Je les ferai disparaître à la première demande de leur propriétaire.

On peut jouer et arrêter de se prendre la tête siouplait ?

Publié le 30 Juin 2017 par Patapon in CdG

Il ne se passe pas une seule journée sans que je ne lise, sur les réseaux sociaux, de désaccords profonds entre rôlistes. Et vas y que si tu triches c’est que ton système il est pourri, et vas y qu’ils n’ont pas besoin du crowdfunding, et vas y que les éditeurs veulent nous voler notre pognon, et vas y que le sexisme y en a marre parce qu’on voudrait pouvoir jouer sans réfléchir, et vas y que moi je suis issu de l’élite rôliste alors il est inutile que j’initie cette jeunesse qui connait que les jeux vidéos et vas y qu’avant c’était mieux etc…

Les raisons pour se foutre sur la gueule sont légions et souvent ridicules. Entre deux étonnement et quelques consternations, J’ai essayé de réfléchir à tout ça, de comprendre pourquoi le désaccord semble être fondamentale dans notre communauté. Entendons nous bien, je ne suis spécialiste de rien, je ne suis ni sociologue, ni psychologue, ni rolistologue, ni rien. Ne vous attendez pas à une analyse pointue découlant de l’utilisation d’outils inconnus. Non il s’agit juste d’une ébauche de réflexion, de sujet sur lequel partager. On va donc, une fois n’est pas coutume, parler du rapport existant entre le rôliste et son loisir.

Je pense que le jeu de rôle est un des loisirs les plus intimes qui soit. L’auteur quand il l’écrit, met beaucoup de lui, le MJ quand il pense un scénario, applique son propre filtre sur l’univers et le joueur essaie de faire un personnage avec lequel il pourra s’identifier un minimum. Cette chaîne d’avis personnel fait d’un JdR un objet particulièrement chargé idéologiquement et émotionnellement. Prenons le grand ancêtre, vous pouvez l’ignorer mais la vision d’un monde régis par 9 alignements est une vision idéologique. Et cette vision a souvent forcé bien des groupes de jeu à le modifier ou à le quitter, mais surtout cette vision empêche la rédaction de certains scénarios. On ne peut, en effet, pas écrire d’histoire traitant de dilemmes moraux si on ne prend pas quelques distances avec cette histoire d’alignement. Et quand la question se pose, la réponse officielle est souvent floue. Cet exemple est frappant et déjà débattu, je ne m’étendrai donc pas dessus. Par contre, il attire l’attention sur le fait que le choix d’un jeu n’est pas du qu’à notre connexion émotionnelle avec son univers, mais bel et bien au fait que l’on partage sa vision des mécaniques de l’univers ou qu’on les trouve, au moins, intéressantes. Et notre vision des mécaniques de l’univers, c’est de l’idéologie. Jouer un JdR historique sans y changer la place de la femme, par exemple, est un choix idéologique qui peut à lui seul diviser les rôlistes sur le plaisir tiré des jeux historiques.

Le choix du jeu n’est pas le seul moment ou l’idéologie intervient. L’écriture du scénario est, sans aucun doute, un acte idéologique. Son type, par exemple, est porteur d’idéologie. Si votre histoire préférée est du type « sauvons la princesse » et que vous êtes incapable d’écrire des scénario « sauvons le prince » vous risquez, à l’usure, de perdre l’assiduité des joueuses (au mieux). Et ce ne sera pas à cause d’un mauvais scénario, ce sera surtout a cause des sous entendus qu’impliquent un tel choix. De la même façon le choix des PnJs a son importance. Si le meilleur allié du groupe défend la théorie du racisme anti blanc, vous lui donnez une signification forte qui divisera. Mais vous pouvez aussi choisir de ne faire aucun personnage avec des opinions aussi tranchées, dans ce cas vous vous soumettez aux archétypes acceptés et validés par notre société sans jamais vous demander s'ils sont questionables. Ce qui, en soit, est un autre acte idéologique.

Pour continuer je paraphraserai Pierre Desproges en disant qu’on peut tout jouer, mais pas avec n’importe qui. Un groupe de joueur se forme sur le plaisir qu’il a à jouer ensemble. Il semblerait que notre cerveau libère des hormones du plaisir lorsque l’on discute avec quelqu’un qui est d’accord avec nous. Je n’aurais aucun mal à dire que le plaisir d’une partie est aussi dû au fait qu’elle se passe correctement et que les débats qui y ont lieu ne sont pas assez fondamentaux pour stopper la partie. J’aurai moi-même du mal à jouer avec un néo-nazi revendicateur ou un évangéliste en cours de recrutement. Le groupe de joueur se forme donc autour d’idée commune. Plus un groupe est vieux et plus des habitudes vont s’y créer et plus on va s’y sentir à l’aise, confortable, créant ainsi cette impression d'intimité et d'habitude.

Pour finir je dirai que c’est justement ce dernier point qui coince sur les réseaux sociaux. Chaque joueur de JdR vient avec ses idées, sa façon de voir le jeu et ses meilleurs souvenirs de JdR. Le problème c’est que nous ne partageons pas la même vision du monde et que cette dernière est profondément inscrite dans notre façon de pratiquer notre loisir. Alors il nous arrive parfois de poster quelque chose qui nous semble évident et fondamental et qui sera remis en question par un autre joueur dont les fondamentaux sont profondément différents. J’ajouterai enfin que le média informatique pousse à s’énerver pour tout et n’importe quoi. On arrive alors vite à des montés de ton extrêmes que l’on parle de question de société ou de triche sur le dé.

Commenter cet article